Le recueil de poésie "Comme une image",

édité chez Librinova sort en juin 2019.

Disponible aux formats papier et numérique,

vous pouvez en retrouver quelques textes ci-dessous.

 

A-mer

Mon amour…

Bel et bien perdu,

Preuve en est ce séjour

Parmi ces malades confondus.

 

Il paraît qu’une lettre

Me guérira peut-être,

M’aidera à admettre,

Mais je ne peux rien promettre.

 

C’est ce que me propose la psychologue

De ta nouvelle résidence protégée.

Quant à mon cardiologue,

Il me conseille de me ménager

 

La première me parle deuil et culpabilité.

En m’assurant que tu t’es bien adapté,

Elle pense m’aider, mais tout ce que j’entends

C’est que je ne te manque pas tant…

 

Le second va plus loin et se dit soulagé,

Prône le repos après ces mois surchargés.

C'est que prendre soin d’un désorienté

Abîme le cœur comme la santé !

 

Ce cœur… Organe purement musculaire,

Le pire deuil que j’ai à faire.

Adieu cœur transi et cœur battant,

Il n’est plus affaire de sentiments.

 

Le siège de l’amour est mnésique,

Victime d’atteintes neurologiques.

Si parait-il l’avoir n’empêche pas d’être,

Notre amour avec elles, tend à disparaître.

 

Il me faudra vivre avec l’Alzheimer,

Avec tout ce passé qui se meurt.

A cœur perdu dans ta raison qui se perd,

S’effondrent tout autant mes repères.

 

Je ne supporte plus ces termes mécaniques,

Notre vie qui, sans pitié, se décortique

En fonctions cognitives et zones anatomiques,

Comme notre amour dépend de ta mémoire épisodique.

 

Alors je me souviens pour deux !

J’ai l’espoir « sauve-qui-peut »,

Que notre mariage au travers des saisons,

N’est pas tenu que de raison.

 

Si la raison n’est nul maître en amour,

Regarde-moi comme au premier jour.

Tu m’as dit oui jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Je t’en prie, pose sur moi au moins le regard.

 

Si ta mémoire demeure en embuscade,

Ton cœur n’a-t-il jamais battu la chamade ?

Si toutes nos années ne sont que souvenirs,

Qu’en est-il du tout premier soupir ?

 

Au-delà de t’avoir perdu

Ne t’ai-je jamais connu ?

Ne m’as-tu jamais vraiment aimée ?

C’est avec tout cela que je dois avancer.

 

Alors je me souviens pour deux :

Nos bonheurs et bouts de chandelle,

Nos fous rires et bris de vaisselle,

Je ne peux nous dire adieu.

 

J’ai l’espoir « sauve-qui-peut »,

Car l’amour sauve qui veut !

Même le passé cendreux

Perdu dans tes yeux laiteux.