Le recueil de poésie "Comme une image",

édité chez Librinova sort en juin 2019.

Disponible aux formats papier et numérique,

vous pouvez en retrouver quelques textes ci-dessous.

 

Jeu de mains

Si prêter main forte est acte de bonté,

Elle peut n’être acceptée qu’avec difficulté.

Comme l’atteste ma récente expérience

D’une main tendue et d’une inattendue réticence.

 

Une histoire que mes blanches mains

Ont retranscrit dès le lendemain !

Non sans mal car l’on passe sans queue ni tête,

D’une main tendue à une autre bien abstraite. 

 

Un patient, voulant me montrer ses plants de Jasmin,

M’invitait à parcourir avec lui un bout de chemin...

Plutôt périlleux, car cet homme d’un âge certain,

Avait une aussi piètre démarche que son maintien.

 

Et d’un geste que je pensais bien importun,

Je lui tendis la main, en bon Samaritain.

J’avais les mains libres pour être son bras droit.

Je ne devais que contrôler mon naturel maladroit.

 

Oui, depuis toute môme, j’ai deux mains gauches,

L’on peut même avouer que j’étais un bras cassé !

L’on disait: « Où Marie passe, Marie fauche ! ».

Avec les années, heureusement, ça s’est tassé…

 

Bref ! Dans ce cas, pas de place au dilemme !

Si je restais les bras croisés, il ne resterait pas indemne, 

Et à tous les coups, ce serait pour ma pomme…

Non, il fallait affronter à bras-le-corps le bonhomme!

 

Prendre bras-dessus, bras-dessous le problème,  

Pour éviter la chute et surtout l’oedème.

Mais j’avais beau faire des pieds et des mains,

Il esquivait à tour de bras le sale gamin !

 

Il commençait à me casser les pieds sérieusement,

Mais je ne baissais pas les bras pour autant.

Mon coup de main virant résolument au bras de fer,

Il me claquerait dans les mains, et je prendrais cher !

 

Il me fallait tenter la main de fer dans un gant de velours.

Reprendre doucement mais sûrement la main,

En ouvrant avec psychologie, le discours:

« Pourquoi refuser mon bras, Mr Jacquemin ? »

 

Et c’est là le tournant de notre conversation

Puisqu’il me répond alors sans hésitation,

Nous faisant basculer dans une autre dimension:

« Mais c’est que vous êtes mariée, quelle question! »

 

Si les bras m’en étaient tombés,

Je ne me laissais pourtant pas plombée

Et lui répondis d’un revers de la main: 

« Vous offrir mon bras ne signifie que je vous donne ma main. »

 

Et me voilà partie dans un plaidoyer à marcher sur les mains !

Bien loin de la main verte de Mr Jacquemin et de son Jasmin… 

Développant qu’offrir sa main n’était pas un acte commun,

Qu’un seul oui amenait à toute une nouvelle vie clé en main.

 

Ce n’est pas main courante de donner sa main !

L’on a beaucoup à perdre si l’on n’est pas malin.

D’autant plus quand on a le coeur sur la main !

L’on dit bien : jeux de mains, jeux de vilains.

 

Parfois à peine on la donne que l’autre passerait la main !  

Pourtant donner c’est donner, reprendre c’est voler…

Mais vous verrez qu’il trouverait de quoi s’en laver les mains !

Je mets ma main au feu que la mienne pourrait dans ce cas voler.

 

Si je découvrais que ma main offerte se perd pour une autre légère,

Pour sûr, je tomberais à bras raccourcis sur ce pervers !

J’aurais le bras vengeur et je n’irais pas de main morte :

Oeil pour oeil, dente pour dent, pour la main de même sorte !

 

Je sais de quoi je parle, je suis de seconde main.

Et dans le passé, je n’ai pas eu la main heureuse… 

J’en ai vu jurer que je serais entre de bonnes mains,

Pour se révéler, pris la main dans le sac, surtout baladeuses.

 

Donner sa main est chose risquée… Et coûte un bras ! 

C’est connu : lorsqu’on donne le doigt, on prend le bras.

Et l’homme peut vous faire passer avec le coup de main, 

De la bague au doigt à la corde au coup en un tournemain ! 

 

Vous comprenez bien qu’offrir sa main,

Ce n’est pas rien ! Moi, je passe la main.

Ce n’est pas demain, croyez-moi,

Qu’on mettra la main sur moi !

 

D’autant, qu’à la réflexion, nul besoin d’un anneau 

Pour être liés comme les deux doigts de la main

Et tant que l’homme n’a pas planté son drapeau ! 

Sachez mesdames que nous gardons la main.